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La Love-Story : le genre bafoué

February 2, 2016

La Love-Story s’apparente comme un des genres les plus populaires du cinéma et ayant pour incidence d’être devenu l’un des formats les plus bankable en période estivale et durant la programmation de nos fêtes de fin d’année.
La Love-Story a également un aspect assez peu exotique, ce qui la rend exportable facilement à l’international. Elle reste le genre qui offre le processus d’identification le plus court : le sentiment amoureux reconnu universellement.

L’industrie - consciente de ses nombreux atouts - s’est accaparée le genre pour en faire un format hyper-synthétique, dans une logique de fond et de forme très consensuelle et aseptisé dans chacune des spécificités de ses histoires. Pourquoi complexifier l’histoire quand on ne parle que d’Amour ? Ou comment éviter le terrible sérieux considéré comme élitiste.
L’ampleur du genre est passée du rang universel à celui du commun. Ce genre s’est inscrit, au fil des années, dans une logique de traitement souvent simpliste, réductrice et rattachée à celui du romantique de divertissement. La déchéance de la Love-Story profonde et déroutante au détriment de la Love-Story nécessairement romantique est devenu monnaie courante. Le genre rencontre sa dimension la plus banale, avec les backgrounds de personnages qui sont souvent les moins construits et étoffés, sans compter la pauvreté de la variété des circonstances ou des types de personnages et surtout l'absence d'engagement dans des thèmes. Pourquoi mettre du psychologique quand il n’est question que de sentiment ?

 

Autant dire que pour les nombreux initiés et adeptes du genre, la quête de nouveaux films de qualité est rude et l’espoir de le voir retrouver son âme originel est réduit comme une peau de chagrin.

 

John Truby – auteur du livre incontournable "L’anatomie du scénario" - met l’accent sur la catégorisation des genres et de la définition de leur nature. Peut-être touche-t-il à un problème existentiel de certaines de nos histoires ringardes et obsolètes ?
La connaissance profonde des ressorts du genre utilisé permet une appréhension avec puissance de la structure narrative et permet d’optimiser tous ses potentiels (car selon John Truby, il faut considérer le genre avec tous ses outils qu’il appelle "les éléments essentiels").
On est là encore dans l’éternel débat propre à tous les arts : liberté  - dans la structure - ou indépendance - à la technique ? Jusqu’alors, j’ai toujours eu l’impression que la structure qui libère est bien plus pertinente dans ses effets et ses résultats…
La maîtrise du genre permettrait donc de pousser une histoire établie à son paroxysme ou d’être capable de transcender le genre dans une approche intelligente et généralement novatrice pour détourner le spectateur de ses attentes routinières. Car, notre connaissance des genres est relativement instinctive, de par la littérature qui en a établi ses fondements et le cinéma qui les a formalisés davantage encore.

 

A titre d’exemple, la structure de la Love-Story est l’une des plus intéressantes – pour ne pas dire excitante malgré que le genre s’y prête – dans son appréhension et la définition des thèmes, dans sa structure parallèle propre aux personnages qui vont passer de contraire à complémentaire, dans ses backgrounds souvent complexes qui justifient généralement le possible d’une histoire souvent vouée à l’échec, dans ses temps forts si particuliers, dans sa condition sociale quasi anthropologique qui provient de nos instincts primitifs d’être humain et qui amorce le contrat socio-biologique implicite, etc.

 

 

Pour prendre un modèle flagrant, le film "La Secrétaire" de Steven Shainberg reprend les codes et les temps forts du genre avec brio et offre une romance exceptionnelle aux apparences plombantes mais aux allures définitivement si sensuelles et intelligentes. Le film offre une fraîcheur rare (modèle contraire parfait étant "Cinquante Nuances de Grey" de Sam Taylor-Wood, film aussi sexy que creux, basé sur le même thème et dont "La Secrétaire" fût une immense inspiration, devenue bien pâle et lointaine).
Dans "La Secrétaire", le génie est justement là. La profondeur n’empêche pas l’humour, les archétypes n’entravent pas le spécifique, une dimension approchant le morbide n’altère pas l’expression d’un sublime hors-norme qui crée un sentiment unanime autour des personnages et du film. Et si l’on décortique, la structure est si solide, qu’elle devient un plaisir à élucider ou offre un film tout simplement jouissif à regarder.

 

L'autre exemple mémorable du genre est "Les jours et les nuits de China Blue" de Ken Russell qui révolutionne la Love-Story et la bouscule avec un développement de thèmes risqués et très sensibles. Tout cela, au travers de l'univers complètement fantasque du cinéaste, avec un sous-texte toujours profond et dense.
D'un point de vue structurel, il transcende littéralement la dynamique standart du format et propose avec les mêmes outils sa version la plus authentiquement moderne de l'histoire d'amour et de faits de société de l'époque.

 


Autant dire aux spectateurs et à leur exigence si précieuse – et aussi à nos auteurs – que si vous, quand vous reconnaissez ce sentiment d’amour dans vos propres vies, vous ressentez ce sentiment de vécu unique et exceptionnel, exigez à ce que le scénariste fasse l’effort de retranscrire le caractère original et spécifique de chaque histoire qu’il raconte. Ne vous laissez plus avoir.

 

Et même que "La Secrétaire" a eu le droit à une bande orignale également hors-norme, composée par Angelo Badalamenti, le compositeur de "Twin Peaks" entre autre. Profitez de ce thème qui vous donnera l'envie irrésistible d'aller voir ou revoir le film :

 

 

 

A venir, en lien avec cet article :

- Analyse scénaristique du film "La Secrétaire" de Steven Shainberg

- Analyse scénaristique du film "Les jours et les nuits de China Blue" de Ken Russell

- Sujet sur la structure de la Love-Story : Ses éléments essentiels, ses codes et ses temps forts.

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